Publié dans NICARAGUA

RIO SAN JUAN OU LE RDV EN TERRE INCONNUE

Beaucoup disent que le Nicaragua, c’est le Costa Rica en moins cher, avec une nature mieux préservée et plus d’authenticité. Je ne connais pas le Costa Rica, mais j’avais bien envie de découvrir les contrées protégées du pays. Après échanges avec Marion et Armand, me voilà parti pour 7 heures de bus miteux de Managua, pour atteindre la ville de San Carlos. C’est sûr, c’est pas cher (5 dollars) ! J’aime les expériences en bus mais là… bouuuuh… ça collait, ça criait, ça bouffait de tout car les vendeurs viennent directos dans le bus vendre du poulet frites ! Pas grave, je prends mon mal en patience, il parait que la suite est top !

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De San Carlos, il faut une heure et demi de pirogue à moteur sur le RIO  SAN JUAN de San Carlos pour atteindre le village de EL CASTILLO. Comme son nom l’indique, il y a un fort sur la butte qui a été construit pour contrer les pirates venant de la mer des Caraïbes. J’y ai passé la nuit (dans une auberge, pas dans le fort) avant de repartir  le lendemain vers un affluent du Rio San Juan, el Rio Bartola, où j’ai réservé un séjour de deux jours et demi dans la communauté locale Bartola. Les habitants ont mis en place une coopérative de tourisme solidaire :  El Base Camp.

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LE PROJET BARTOLA

Il s’agit d’un séjour de tourisme solidaire dans une communauté retirée dans la forêt tropicale. La population n’a pas grand-chose pour vivre. Ils se sont rendus compte que leurs fincas (fermes) ne pouvait pas leur permettre de vivre dans des conditions raisonnables. Produire plus ? oui mais le prix pour amener et vendre les produits au village le plus proche est prohibitif…ça ne sert donc à rien…. En plus, « produire plus » impliquerait de couper des arbres pour faire pâturer des vaches ou produire plus de cultures… et pour le faire efficacement, il faudrait utiliser des herbicides qui ruisselleraient directement à la rivière compte tenu de la pluviométrie locale… ruissellement qui appauvrisserait fatalement les sols en emportant la matière organique…

Ici, les effets du réchauffement climatique sont criants et bien plus prononcés que sous nos climats tempérés. L’augmentation de la température de la mer des Caraïbes accentue les cyclones entraînants vents et/ou pluies importants (il y a encore deux semaines, des pluies torrentielles se sont abattues, l’an passé un cyclone a mis par terre une partie de la forêt), ravageant potentiellement les cultures, ou pour le moins lessivant l’ensemble des sols si ceux-ci ne sont pas couverts. En novembre, il pleut plus ici plus qu’à Brest en un an ! C’est dire ! S’il y a une forêt tropicale ici, c’est que Dame Nature a décidé qu’il fallait une forêt pour contenir ce climat difficile. Les 26 familles de la communauté ont donc pris conscience de cette situation, de fait, et décider de faire avec la nature plutôt que contre.

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Bref, le principe ici est développer une activité complémentaire, basé sur les ressources naturelles, en les respectant. Ils ont mis en place un Base Camp : 8 tentes sous abris. La quasi-totalité de la communauté est impliquée. Certains vont chercher les touriste en bateaux, d’autres font la cuisine, d’autres entretiennent le site, d’autres sont guides naturalistes (ils sont formés pour !). Ils accueillent 250 touristes par an pour l’instant.

UNE EXPERIENCE UNIQUE

Ouaw ! C’est le mot qui me vient à l’esprit après ce court séjour. J’étais seul, ils sont venus me chercher spécialement et ont organiser le séjour pour moi. A l’arrivée, on voit bien que les personnes de la communauté ne sont pas des pro du tourisme. Ils sont simplement  vrais… et ils font tout pour qu’on se sente à l’aise, la générosité transpire. Une noix de coco avec une paille en paille (et pas en plastique) m’attend.

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Avec Pilar, qui sera ma guide durant les deux jours, on cale les activités. Pour moi, ça sera une première ballade d’une heure et demi dans la forêt, une seconde cette fois de nuit sur la rivière, une troisième de trois heures et enfin un stage de fabrication du chocolat. J’aurais pu aller à la pêche (je n’ai pas de patience), faire du cheval (c’est pas mon truc et en plus ça aurait pué dans mon sac durant le reste du voyage) ou encore faire des tortillas (mais j’ai déjà essayé au Guatémala).

En dehors de ça, j’ai mon bouquin (je lie Harry Potter en espagnol et termine Into The Wild) et j’ai un hamac, avec une bande de perroquets verts qui crient en tournoyant au-dessus de ma tête, qui me déconcentrent parfois et qui m’énervent surtout car je n’arrive pas à les prendre en photo.

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C’est un peu ballade à la Indiana Jones, à la rencontre des créatures bizarres

Les ballades sont simplement magiques. J’alterne entre canoé avec des Mongos Congos (singes hurleurs) qui nous observent de leurs arbres, les papillons bleus Morpho magnifiques et balades en forêt où comme seul présence il y aura des batraciens colorés, des singes capucins, araignées ou hurleurs, des iguanes ou basilics…

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Les paresseux ne se seront pas montrés, le toucan est resté loin sur son arbre, mais était là quand même. On s’arrête pour observer les traces de jaguar. Celui-ci ne se montre quasiment jamais sauf la nuit.

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Ici, les animaux ne sont pas nourris de quelque manière que ce soit, il n’y a pas de poubelle qui pourrait servir parfois de garde-manger vu que la présence humaine est rare, c’est la nature à l’état pur ou seul le « facteur chance » fait qu’on peut voir la faune locale ou pas. Pour les gens qui veulent absolument tout voir, ce n’est pas ici qu’il faut venir. Ici, c’est la tranquillité et la balade en forêt… Les animaux, il y en aura… si on sait se taire… observer… Pilar m’aura été d’une grande aide. Sans elle, je pense que je n’aurais rien vu .

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Pour le chocolat… bon c’était rapide… Pour l’anecdote, mes chocolats ont disparu en soirée. Je les avais laissés sur la table du base camp. Il y a des « lichou » dans la communauté ! Eh eh !

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LA RENCONTRE AGRO AVEC ALEJANDRO

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Alejandro, c’est un peu le président de la coopérative Basecamp. Il  a aussi sa ferme, avec un projet expérimental, qu’il a été super fier de me présenter. C’est un peu moi qui l’ai sollicité. J’avais observé des plantations d’arbres feuillus sur une parcelle. A ma demande, il m’a proposé de me faire visiter sa parcelle expérimentale.

Afin de limiter le ruissellement et de maintenir un certain niveau de fertilité du sol, ils ont commencé à planter des arbres il y a deux ans, suite à une visite au Honduras. Alejandro m’a expliqué que ces arbres avait une croissance rapide et des nodosités (petites boules au niveau des racines permettant de fixer l’azote).  Bientôt, ils vont élaguer une rangée sur deux afin de donner de la lumière au maïs qu’ils vont semer dans l’entre-rang. Les arbres repousseront ensuite, limiteront le développement des mauvaises herbes. Je fais un peu simple mais là encore, nous sommes dans le principe de la permaculture.

Ils savent qu’ils ne produiront pas des masses, mais au moins autant qu’avant. Ce qu’ils produiront leur permettra de manger tout en préservant les forêts humides. Je ne sais pas si le tourisme responsable leur permettra de dégager beaucoup de revenu supplémentaire. Malgré les difficultés, ils veulent rester vivre là… C’est chez eux…

J’ai eu réponse à certaines de mes questions « vues d’avion, par temps de brouillard »

  • Pourquoi ils ne produisent pas plus ? Après tout, une vache fait un veau, de là on peut constituer un troupeau… avec ce troupeau on peut faire du fromage… etc… logique occidentale dans un climat tempéré… Pour élever une vache, ici il faut faire des parcelles en coupant la forêt… ruissellement et tout le tintouin… donc non rationnel.

 

  • Ils n’ont qu’à mécaniser un peu plus… A mon arrivée, ils m’ont fournis des bottes que je n’ai pas quittées. Un tracteur ne ferait pas un plie dans cette terre boueuse… En plus, c’est juste impossible d’amener un tracteur jusqu’ici… En pirogue ?

 

  • Bon OK, mais ça fait un peu décor de carte postale cette affaire : oui, c’est vrai. Dans beaucoup d’endroits, les gens seraient partis pour des conditions de vie plus faciles. Ici, il y a un point important : les gens mangent à leur faim… pas équilibré peut être… mais il y a à manger. Et c’est très souvent la bouffe que fait bouger les gens plutôt que l’absence d’internet. Ils n’ont d’ailleurs pas le téléphone, l’électricité pas toujours… mais c’est matériel tout ça. Ils restent donc hyper attachés à leur territoire et ne trouvent pas de raison de partir. Ils essaient simplement d’améliorer leur quotidien. Les habitants dénoncent actuellement la déforestation entreprise dans la réserve India Maiz située de l’autre côté de la rivière (d’une certaine façon, ils sont le porte-parole de la planète !). Ils espèrent pouvoir jouer un rôle dans le maintien de ce milieu naturel.

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ALLEZ A LEUR RENCONTRE

Les gens de la communauté sont à l’écoute : « qu’est-ce qu’on peut faire pour faire encore mieux ? » me demandaient-ils. Ils savent que leur capital vie est leur environnement. Ils en vivront chichement certainement, mais avec beaucoup d’authenticité et de simplicité. Au final, ils sont peut-être une partie de notre Capital Vie Collectif ?

Le chemin pour aller à leur rencontre relève de l’aventure, mais c’est vraiment une expérience extraordinaire. Le prix de la prestation est très abordable, et vous ne vivrez cette expérience qu’ici… à Bartola !

Heureusement qu’ils sont là parfois, ces gens qui n’ont rien…

Contact : https://www.facebook.com/indio.maiz/

 

 

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