Publié dans COLOMBIE

LA SIERRA NEVADA, A LA RENCONTRE DES COGUIS

Des rencontres, j’en ai fait pas mal depuis le début du voyage. Je dois avouer que là, c’est un peu différent. Ce n’est pas le truc que tout le monde fait, et d’ailleurs ça ne se coche pas dans « le truc à faire », ça se vit tout simplement. J’ai choisi de vivre cette expérience avec Calixto, ce guide local, aux origines indigènes, pour son humilité, ses connaissances de la montagne et des peuples locaux. Je ne suis pas rentré dans l’univers du peuple Cogui en travaillant avec eux, en allant dormir dans leur hutte… A quel titre d’ailleurs car pour eux, je représente d’avantage un danger. Nous sommes allés à leur rencontre, les avons laissé venir. Les moments ont été courts, mais intenses. Ce n’est d’ailleurs que quelque jours après que je peux écrire cet article… c’est en effet un sentiment bizarre avec beaucoup d’interrogations, me remettant clairement à ma place… nous remettant tous à notre place… Le termes « indigènes » ou « non civilisés » que j’utiliserai ici sont ceux employés par les locaux de Palomino et les Coguis eux-mêmes. Il n’y a aucune connotation négative.

Super Calixto !

Avec Calixto, nous avions défini un départ matinal. C’est toujours plus facile de marcher le matin que l’après-midi, avec moins de risques de pluie, une chaleur moins accablante. Je pensais être seul, au final, il a invité une copine à lui, Diana. On n’est pas à un près ! Muni des provisions (c’est nous qui invitons ce soir… pourquoi les Coguis nous inviteraient ? Ils ne me connaissent pas !), c’est parti pour 6-7 heures de marches. Ca parait simple comme ça… mais en fait non… La Sierra Nevada est constitué d’un sol assez sableux. Les chemins sont creusés par la pluie, par les mules des communautés indigènes. On passe d’un sommet à une vallée, il faut remonter de manière abrupte. Bref, le circuit est très irrégulier et il fait chaud et humide. Après une heure de marche, on croise un premier Cogui. Avec Calixto, ils se connaissent. Le Cogui donne quelques feuilles de Coca à Calixto. Calixto m’en donne un peu. Ca sera ma première chique de Coca… Je n’ai pas trouvé ça particulièrement bon, pas mauvais non plus.

Les paysage de cette Sierra Nevada changent à chaque coin de sentier. On aura pas l’occasion de voir beaucoup d’animaux dans cette montée. Les singes se cachent. On aura simplement aperçu furtivement un toucan en début de randonnée.

Deux heures et demi après, première pause. On va commencé à manger ce que j’ai acheté mais que je ne connais pas : de la pâte de goyave mélangé à du fromage. Calixto m’explique que c’est ce que prennent les cyclistes colombiens sur le tour de France (eh eh). Et ben c’est pas mal cette affaire. C’est un peu comme les pâtes de fruits, c’est bien énergisant ! Moi je bois de ma bouteille d’eau, les deux autres de l’eau de la rivière qui descend du glacier… logique… (le lendemain, je boirai l’eau de la rivière et tout va bien depuis). On croise plusieurs Coguis sur le chemin. Les réponses à mes « holas » sont au mieux un petit son.

Arrive l’heure du déjeuner, mais avant il faut franchir une première petite difficulté : s’accrocher aux lianes pour passer d’un rocher à l’autre. J’avoue m’être débrouillé plutôt bien, sauf à la réception où mes lunettes de soleil sont tombées dans l’eau. Quelle idée aussi d’avoir des lunettes de soleil dans une jungle… Super Calixto est là, il se déshabille et plonge… mais trop tard, elles ont été emportées par le courant … La pause déjeûner sera l’occasion de baignade pour tout le monde. On se sent tout petit au milieu de cette rivière, ces arbres immenses. Quelques coguis nous observent de loins. Calixto va taper la causette avec l’un d’entre-eux, il m’appelle et me dit que je peux prendre une photo. Le type, il a un trux bizarre dans sa main, comme un instrument de musique. Il a comme une pâte noire dans sa bouche… Heureusement qu’on a mangé avant !

L’instrument de musique n’est pas un instrument de musique. Ca s’appelle un Poporo. C’est un objet millénaire que trimbale tous les hommes en âge de procréer dans un sac qu’ils portent tous. Le récipient de calabazo (cucurbitacée) est fait pour recevoir du Cal (calcaire marin). Avec une tige en bois, les Kogis le malaxe et le récupère pour mêler aux feuilles de Coca, permettant d’extraire des alcaloïdes aux effets euphorisants, permettant un meilleur contact avec la nature. Le monsieur en question avait en plus des feuilles de tabac, d’où cette pâte noirâtre (ça éviterait les problèmes de dents… beurk…). Cet objet représente la femme pour le récipient et l’homme pour la tige. Il est également étonnant de voir certains hommes rester frotter la tige au récipient. Là, c’est quand ils pensent (c’est ce que j’ai compris). Ils peuvent penser à tout (leur journée du lendemain, les relations dans la tribu, à la communion avec la nature).

C’est bon, on a fait les deux tiers du chemins. C’est plus facile, ça monte moins, mais il y a des rivières partout. Je finirai comme Calixto, pieds nus… On continue de croiser des hommes en général, ils portent tous la même tenue très simple (blouse et pantalon blanc). Nous en avons croiser un avec une belle toque blanche sur la tête (mais pas de photo sans autorisation !).

Bref, 6 heures après, on atteint le village. On a fini la route avec une famille du village qui doit venir manger avec nous ce soir. Le papa s’appelle José (lui n’a pas de nom Cogui, seulement un nom espagnol). J’arrive à établir un peu de contact. Il parle très peu espagnol, c’est compliqué. Les sourires se débrident ! Il est hyper intrigué par l’avion : combien de jour d’avion ça prend pour venir de France (il a entendu parler de la France, mais n’a aucune idée où ça se situe)… Le soir, il me proposera de venir se baigner avec lui dans la rivière. Il est fier de me montrer ses galipettes sur la plages et comment il peut traverser la rivière à la nage. Ensuite, on l’a perdu. On ne le reverra pas. Je me demande s’il n’a pas été réprimandé pour avoir parlé avec moi sans autorisation.

D’ailleurs, il n’y aura que les enfants du village à venir nous voir le soir. Calixto me dit que le reste des gens qui devaient venir est fatigué. Il est 18 heures, il fait nuit. Le village est d’un calme ! Quelques hommes se réunissent dans une hutte.  A priori, ils picolent un rhum local. A 23h00, tous les hommes se réunissent avec le Moma (le chef). Ici, les décisions sont prises collectivement. La femme a également son mot à dire même si elle ne participe pas à cette réunion dans Cansa Maria (la plus grande hutte). Les Coguis ont un principe de vie ancestral : rendre à la nature ce que la nature leur donne. S’ils mangent un fruit, il faudra faire pousser un arbre. Ils se considèrent même comme des exemples pour la civilisation, c’est à dire pour nous.

Moi je dormirai dans mon hamac, au premier étage d’une petite grange. Le lendemain, c’est le défilé au petit déjeuner. Le Moma est là. Je vois une certaine suspicion dans ses yeux. Calixto le rassure en lui disant que je ne me sens pas supérieur à eux. Ils commencent à blaguer dans leur langue. J’imagine qu’ils parlent de moi et j’essaie de plaisanter avec eux. L’un d’eux parle pas mal espagnol, c’est le jeune de la bande. J’aperçois même un téléphone portable (y’a pas de réseau et il est le seul à en avoir un… je ne sais pas à quoi ça sert !). Sinon, il n’y a aucun objet de la « civilisation », si ce n’est des lampes à énergie solaire pour se déplacer la nuit. Les enfants jouent avec les poules. J’ai pu visiter la hutte du Moma. Il y a simplement un foyer pour le feu et 5 hamacs… Rien de plus. La petite troupe du matin a quand même bien gardé ses distances.

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Très clairement dans le village, il veulent éviter les contacts avec la civilisation. On leur a déjà volé des terres… Je n’ai pas le détail mais des parcelles ont été déforestées pour faire pousser de la cocaïne en masse dans la Sierra Nevada aux tristes années de la Colombie et alimenter le narco-traffic. Aujourd’hui, les Coguis essaient de replanter les arbres. Beaucoup d’individus sont également alcooliques. Certains diront que ce sont les contacts qui ont généré ça… Je n’en sais rien. En tous cas, on peut les comprendre. Ils ont leur vérité, leur croyance très forte en la terre. Les contacts fréquents avec la civilisation ne sont donc pas bons pour eux. D’ailleurs, en rentrant, j’ai pu observer dans les villages les plus proches de Palomino quelques tee-shirts « civilisés » à sécher au fil à linge….

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J’aurai quand même le droit au final à quelques photos, quelques poignées de main et même de quelques remarques sur mes yeux bleus… Ceux-là ne trompent pas, je ne suis pas des leurs ! Eh eh…

Le retour se fera sur le même chemin. Là, pas de Kogui. Calixto m’explique qu’ils ont un rassemblement inter-village aujourd’hui. Je n’en saurai pas plus. La descente se fait sans encombre. Cette fois-ci, on n’enlève pas les chaussures et on va dans l’eau directement avec sauf Calixto qui marche toujours pieds nus. On passe les rivières avec de l’eau jusqu’au torse, les sacs sur la tête.

Et là, j’entends Diana hurler, je vois Calixto faire un bond. Je ne comprends pas ce qui se passe mais Calixto nous dit de ne pas bouger. Il me montre la bête : un serpent d’environ un mètre. Il allait traverser la rivière lorsque Calixto est arrivé et pour se défendre a essayer d’attaquer… La bête est toujours là dans le buisson. Calixto s’en approche doucement pour essayer de le prendre en photo. Il m’expliquera ensuite que ce serpent est hyper dangereux. Sa morsure entraîne la perte de la vue en moins de deux heures et des hémorragies internes. Il est nécessaire de boire de l’eau avec du café pour espérer vivre 24 heures, surtout pas d’eau sans café. Il m’explique avoir survécu à une morsure de serpent étant plus jeune et qu’aujourd’hui il était un peu serpent lui-même (c’est comme dans Harry Potter !) avec la faculté de les sentir s’approcher…. Ouai OK… mais là… c’était tout proche ! (Maman, tu es toujours là ?).

Je ne sais pas si c’est une relation de cause à effet, mais ensuite Diana n’avançait plus. Je crois que je suis descendu en 3 heure et demi, elle en 5 ou 6 heures. Du coup, je n’ai pas pu rester continuer d’échanger avec Calixto. Il devait retourner chercher la Miss dans la montagne.

J’ai eu final beaucoup apprécié cette expérience avec Calixto, avec beaucoup de pudeur et d’humilité. On n’était pas dans un contexte voyeuriste. Je ne sais pas qualifier cette aventure. Je ne vais pas dire « Whaou, c’était super, le truc le plus fou de ma vie ! ». Non,  je crois que c’était… c’était… tout simplement. Je sais par contre que je m’en rappellerai !

Les Koguis n’ont rien du tout… mais selon nos considérations, à nous… Eux estiment être suffisamment riche de ce que leur donne la nature pour ne pas avoir besoin d’aller chercher autre chose. Ils pensent également que nous, les civilisés, nous volons la nature car nous prenons et ne lui rendons rien…

Pour trouver Calixto : demandez dans le village, c’est le plus simple !

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